Conférence sociale : pourquoi 92% des salariés ne seront pas représentés

Alors que la CGT vient d’annoncer sa décision de boycotter la conférence sociale, Pascal Perri rappelle que les syndicats ne sont absolument pas représentatifs.

La France a t-elle vraiment besoin d’une énième Conférence sociale? Les points de blocage se multiplient dans les entreprises et particulièrement dans les entreprises où l’Etat reste un actionnaire de référence. La France aime les grandes messes, les Etats généraux, les Conférences en tout genre. Elle multiplie les rendez vous sociaux sans aucun résultat sur l’intensification du dialogue social. Au contraire, le rapport de force est plus que jamais la règle. Tous les syndicalistes qui sont intervenus dans le conflit d’Air France ont dénoncé l’arrogance de la direction, la violence des suppressions d’emplois, bref l’absence de dialogue. Peu ont fermement condamné les voies de fait contre des dirigeants de l’entreprise. La réalité est diamétralement opposée aux proclamations syndicales. Le dialogue social, la négociation, les rencontres sont le quotidien de ces grandes entreprises, anciens monopoles, tous marqués par des politiques de co-gestion. Qu’y a t-il de commun entre toutes les grandes entreprises nées ou unifiées à la libération, en 1945? Toutes avaient collaboré avec l’occupant nazi et toutes ont été co administrées par les libérateurs à tel point que ce sont les délégués de la CGT qui jouaient le rôle de DRH dans certaines d’entre elles.

Le YALTA social de la libération a laissé des traces. Il est toujours dans le Panthéon idéologique de certains syndicats bénéficiant d’un monopole de représentation. Pendant longtemps, les directions des entreprises en situation de monopole ont tout cédé aux syndicats. Un jeu de donnant-donnant s’est instauré. Des avantages toujours plus grands contre une relative paix sociale. C’était le temps des Trente glorieuses. La rente du monopole, au détriment des usagers absorbait les coûts cachés de cette co administration. Le dialogue social a longtemps été substitué par la recherche de consensus mous.

La France souffre de syndicats off shore, attachés à protéger leur modèle de financement et leur influence politique dans les entreprises. La voix des réformistes est encore insuffisante dans le monde exigeant du travail. Le vrai sujet de la Conférence sociale serait de rendre un pouvoir de désignation aux 92% qui ne se reconnaissent pas dans l’offre syndicale actuelle.

Il faut désormais s’entendre sur les mots. Qu’est ce que le dialogue social? S’il s’agit de ne rien changer au mépris des réalités économiques, le dialogue social n’a aucun sens. Dans le cas d’Air France, une loi d’airain s’impose en dehors des postures émotionnelles. Dans ses conditions actuelles de production, l’entreprise prend le risque du coma économique. On peut au passage pointer les incohérences de l’Etat actionnaire chez ADP dont les redevances augmentent ou la taxe Chirac qu’ Air France paye à hauteur de 94% de ses recettes! Dans tous les cas, le dialogue social suppose un minimum d’entendement commun sur la chose économique. Il postule les idées de réforme et d’innovation, en tout cas de marche en avant. Sur des marchés très concurrentiels, le sur place est mortel. Or, c’est bien le monopole de représentation syndicale qui est aujourd’hui le point de blocage. Qui sont les conservateurs?

A l’évidence, pas ceux que l’on pense mais plutôt, ceux qui veulent à tout prix maintenir un modèle social non financé, par exemple sur les retraites ou ceux qui rejettent sans nuance l’innovation sociale comme la mise en œuvre d’une Flexi sécurité éprouvée dans des pays socialement avancés. La France souffre de syndicats off shore, attachés à protéger leur modèle de financement et leur influence politique dans les entreprises. La voix des réformistes est encore insuffisante dans le monde exigeant du travail. Le vrai sujet de la Conférence sociale serait de rendre un pouvoir de désignation aux 92% qui ne se reconnaissent pas dans l’offre syndicale actuelle. Les chiffres sont implacables. Qu’on en juge! Il y a en France 1,7 millions de syndiqués actifs pour un peu plus de 23 millions de salariés. La moitié de ces syndiqués travaille dans le secteur public (5,5 millions de salariés), l’autre moitié dans le privé (16 millions de salariés). La sur représentation du public influence les stratégies syndicales des centrales les plus radicales et éloigne l’économie française des nécessaires réformes qu’elle doit entreprendre. Le monde d’aujourd’hui est celui du foisonnement, de l’innovation, de la révolution digitale. Il tourne le dos aux rentes de situation. Cette fois cependant, le pays n’a plus le temps. Les ruptures sont désormais radicales. Puissent les salariés faire pression eux aussi pour que la voix de la majorité s’impose enfin dans la conférence sociale verrouillée qui se prépare.

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