Trois questions à Pascal Perri

 

1/ Vous avez récemment écrit un article pour le Huffington Post critiquant la prise de position de la presse anglaise sur le Mondial 2022 au Qatar ainsi que sur les accusations intempestives qui visent Michel Platini. Pensez vous que les révélations régulières de la presse outre-Manche sur ce Mondial ont aussi comme motivations non-avouées un règlement de compte avec certains acteurs du football mondial et une volonté de re-procéder au vote pour redonner à l’Angleterre une chance d’organiser ce prestigieux tournoi?

Les campagnes de presse ne naissent pas de générations spontanées. Elles répondent en général à une logique d’influence. Cherchez le mobile et vous comprendrez les vraies raisons.

La presse anglaise mène une campagne de long terme contre Michel Platini. Le Daily Mail en est le meilleur exemple. Son chroniqueur vedette Martin Samuel a pris Platini pour cible. Les Anglais pensaient qu’ils allaient gagner à tous les coups. Après les Jeux Olympiques, ils se voyaient bien organiser le Mondial 2018.

Les Russes ont gagné. Qu’à cela ne tienne, ils ont lancé la cavalerie légère et font feu de tous bois. Contre le Qatar 2022, mais avec prudence car ils font des affaires avec les pétromonarchies, et plus facile contre les dirigeants de la FIFA et notamment Platini qui a le double handicap d’être Français et favorable au mondial qatari… Platini paye sa franchise. Il a été le seul ténor du Comité exécutif à faire part publiquement de son vote.

2/ Quelles seraient les conséquences économiques et financières d’un retrait au Qatar du Mondial 2022? Cette option ne risque-t-elle pas d’handicaper considérablement certaines grandes entreprises européennes? Pour le Qatar aussi, on imagine les graves conséquences d’une telle décision?

Je ne suis pas très à l’aise pour répondre à votre question. Je ne vois pas comment on peut faire machine arrière sans provoquer une onde choc lourde de conséquence et en même temps, je ne vois pas comment on peut jouer une compétition de football sous des températures caniculaires. Regardez ce qui s’est passé au Brésil. Au delà de 30° et 80% d’humidité dans l’air, les arbitres ont pour consigne d’interrompre le jeu à la mi-temps de chaque mi-temps. Au Qatar en été, il fait plus près de 50 que de 30°. Il est impossible de jouer dans de telles conditions sans prendre des risques très élevés que les clubs employeurs des internationaux n’accepteront jamais. Il faut jouer en hiver mais cela suppose de bouleverser le rythme des saisons sportives dans nos championnats. Le football est encore très européen. La Premier League est le spectacle sportif le plus vendu au monde. Les Anglais ne veulent pas entendre parler  d’une rupture de rythme. Où alors, il faudra y mettre le prix !

3/ Selon vous, quel serait la meilleure sortie de crise pour ce Mondial?

Le Qatar joue gros. Si la compétition était maintenue en plein été et qu’elle se passe mal, ce qui n’est pas à exclure, l’arme du sport comme élément de soft diplomatie se retournerait contre les Qataris eux mêmes. Je suis personnellement favorable à la mondialisation du football. Nous avons tous à y gagner. On ne peut tout à la fois vouloir élargir les recettes de l’industrie du spectacle et refuser l’ouverture aux nouveaux territoires du sport. Le Mondial 2022 va couter très cher aux Qataris. Il faudra comme je vous le disais changer les dates de la compétition et donc décaler les championnats nationaux. Les ligues professionnelles vont réclamer des compensations. Ce sera le ticket d’entrée du Qatar dans la famille mondiale du foot…

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